Jean Asselborn au Mont Ventoux

Jean Asselborn au Mont Ventoux

 

 Petit Tour de France 2018 

De Châlons-en-Champagne à Saint-Saturnin-les-Apt 

Steinfort, le 4 aout 2018 

Après 2015, 2016 et 2017, me revoilà à partir de lundi prochain au rendez-vous du mois d’août sur ma bicyclette à travers la France ; cette fois-ci sur quelques pistes différentes et dans d’autres régions et villes. 

J’aurai comme par le passé le plaisir de partager mes impressions cyclotouristiques, au sens large du terme, sur Facebook, le soir de l’étape. Enfin, ceci est en tout cas mon plan et mon intention. Étant évidemment matériellement toujours sous-équipé en bureautique…voyageant uniquement avec mon portable comme instrument de communication...limité aussi dans le temps entre l'arrivée, la douche, le repas du guerrier et le sommeil, je compte cette fois-ci également sur votre indulgence pour accepter mon français de vacances où les règles de ponctuation sont parfois transgressées et ou l’orthographe subit quelques entorses. Après l'arrivée finale, un texte corrigé sera mis sur FB. 

Le départ est situé cette année à Châlons-en-Champagne et me mènera, en gros, direction ouest jusqu’à Orléans et Amboise, pour tourner alors carrément au sud direction Limoges et Carcassonne. D’ici j’irais vers l’est à la Grande-Motte pour m’arrêter à St. Saturnin-les-Apt, le Ventoux en vue. Terminus classique aussi de l’épopée 2018. La distance totale peut être évaluée à +- 1300 km. 

À lundi à Châlons-en-Champagne et Nogent-sur-Seine si vous le voulez bien... 

1ère étape: Châlons-en-Champagne 

Nogent-sur-Seine 

6 août 2018 

Bonsoir de Nogent-sur-Seine, 

Le départ officiel, tant fictif que réel est donné à Châlons-en-Champagne; l’appellation de Châlons-sur-Marne fut modifiée en 1997. Ville toujours située dans le Grand-Est de la France. Curieusement, Châlons ne possède plus de vignes aujourd’hui. À la révolution, elle en avait encore 1000 ha. Je n’ai d’ailleurs pas vu la moindre vigne sur tout le trajet si ce n’est que jusqu’à Fère Champenoise on devine au nord de la D5 les monts qui portent le raisin champenois. C’est à l’époque gallo-romaine que les Romains plantent les premiers ceps dans la région. C’est parce que le clergé lui a porté un intérêt particulier que le vignoble est conservé en Champagne... 

Départ sur le pont de la Marne à Châlons-en-Champagne 

N’oublions pas que Clovis fût baptisé par St. Rémi, évêque de Reims quand il se convertit. Le premier roi de France fut donc sacré en Champagne et les vins de Champagne furent consacrés un soir de Noël en 496. Mais passons, la route dirige mon vélo vers le sud-ouest. 

À la sortie de Châlons, il me vient à l’esprit que Émile Mayrisch, le président du directoire de l’Arbed et père de la Convention de l’Entente Internationale de l’Acier qui préfigura la CECA, meurt à Châlons-sur-Marne en 1928, à l’âge de 66 ans, à la suite d’un accident de voiture à Saint-Pierre. 

Même après avoir quitté la grande route en allant vers Anglure, le cycliste se rend compte à chaque minute qui passe qu’il est en terre d’agriculture intensive, en retenant son souffle quand les gros camions passent à toute allure. À partir de Marcilly-sur-Seine ça se calme sauf lors des derniers 6 km sur la N19. 

L’aube à Anglure 

Le voyageur qui arrive à Nogent-sur-Seine est d’abord impressionné par la Seine elle-même bien sûr et cet 

La Seine à Marcilly-sur-Seine 

immense bâtiment des Grands Moulins construit en 1648 et qui cessèrent leurs activités en 1990. La capacité d’écrasement était à un moment de 240 tonnes par jour. 

Les Grands Moulins construit en 1648 

Ensuite, c’est évidemment le musée Camille Claudel. Elle fut collaboratrice, maîtresse et muse du sculpteur Auguste Rodin. Le célèbre « baiser » en marbre d’un couple enlacé fut créé sur demande de l’État pour l’exposition de Paris de 1889. C’est un des motifs de la « Porte de l’Enfer » de la Divine Comédie de Dante Alighieri. Le « baiser » en bronze de Rodin se trouve d’ailleurs dans le jardin de Matignon. C’est Camille Claudel qui en fut l’inspiration divine. 

Le musée Camille Claudel 

Bon faisons les comptes...en soulignant d’entrée que ni stress ni fatigue sont ressentis. Départ 10.10 h...Arrivée 16.10 h 

95.10 km effectués à 23.27 km/h en 4h 05 min Il est à signaler qu’à partir du km 50 le vent était assez franchement de face. 

Pulsations 110 en moyenne....calories brûlées 1186 347 m à gravir. 

Parcours : Châlons-sur-Seine Villeseneux Fère-Champenoise Pleurs Anglure Pont de seine Nogent-sur-Seine 

A demain à Fontainebleau si vous le voulez bien. 

2ième étape: Nogent-sur-Seine Fontainebleau 

7 août 2018 

Bonsoir de Fontainebleau, 

Finie l’excursion dans les parages de la noble sculpture de Rodin, place à la dure réalité de l’asphalte. C’est l’étape la plus courte, la plus facile aussi mais aussi la plus chaude...Alors le non-cycliste, et il y en a, se demande peut-être gentiment à quoi daigne penser un cycliste solitaire qui se déplace sur des routes pas tellement pittoresques qui font courir le goudron mais pas l’envie de pédaler. 

D’abord il est fixé sur un principe fondamental de l’adepte du cyclotourisme... « qui veut aller loin doit ménager sa monture », en d’autres mots pas de gaspillage excessif de graines d’énergie...donc « velocità costante ». 

Et puis, c’est sa peur de tomber en panne sèche d’eau qui le taquine. Ceci surtout au mois d’août, en France, par des chaleurs légèrement au-dessus de la moyenne comme les 38 degrés en ce jour en Ile de France. En fait les bistrots villageois se font très rares. La déshydratation est aussi fatale pour le cycliste que de rester coincé sans essence sur l’autoroute pour 

Dans le parc du Château de Fontainebleau 

l’automobiliste. Mais soyons clairs…le cycliste n’est pas à plaindre. C’est son penchant d’être tricoté quelque peu différemment qui domine son for intérieur. 

Le trajet de Nogent-sur-Seine direction Fontainebleau n’a rien de très sexy...longues lignes droites jusqu’à Bray-sur-Seine, puis des routes plus calmes direction Montereau avant d’aboutir dans l’immense bois de Fontainebleau. Cette ville est d’abord une grande forêt de 25000 ha au total, ensuite un château dont la première mention date de 1137. 

François Ier, après sa captivité en Espagne décide de construire ici son palais et fait appel à des artistes italiens. Nous sommes en 1528. 

Escalier en forme de fer de cheval dans la Cour des Adieux 

Voyons quelques évènements se rapportant à ce majestueux palais... 

En 1685 « L’édit de Fontainebleau » fût signé dans ce palais par Louis XIV qui poussa à l’exil les protestants mais mis fin à la guerre entre catholiques et réformés. Le fameux édit de Nantes avait vécu. 

En 1814, le 20 avril, Napoléon accepte d’abdiquer et part pour l’Ile d’Elbe. A Fontainebleau il fait ses adieux à sa célèbre garde – les grognards – dans la Cour du Cheval Blanc qui est devenue la « Cour des Adieux ». Ce fut un des moments les plus émouvants de l’empire...il sert dans ces bras le général Petit et embrasse le drapeau... « adieu encore une fois, mes vieux compagnons! Que ce dernier baiser passe dans vos coeurs » ah...parfois l’histoire met à nu des larmes du guerrier... 

Dans la Cour des Adieux 

Les initiés de l’histoire napoléonienne savent que 2 frères Achille et Joseph Archambault, nés à Fontainebleau, ont accompagné Napoléon pendant ses 2 exils sur l’Ile d’Elbe et de St. Hélène. C’est Achille qui est auprès de Napoléon jusqu’à sa mort en 1821, à l’âge de 51 ans. Il tient le 

cheval de Napoléon par la bride juste derrière le char funèbre qui l'accompagne à sa dernière demeure. 

Changeons de siècle. Le 30 novembre 1979, le sommet des chefs d’Etats et de gouvernement se termine sur un échec patent à Dublin. Margaret Thatcher lance une formule qui fait le tour du monde : « Ce que je veux, c’est tout simple, je veux qu’on me rende mon argent » (I want my money back). Cette fille d’épicier, arrivée seulement quelques mois auparavant au pouvoir, participe à son premier sommet. Valéry Giscard d’Estaing et Helmut Schmidt n’ont aucun remède contre l’équation de Thatcher disant que l’Angleterre paye plus qu’elle ne reçoit de l’Europe. 

L’étang de Fontainebleau 

C’est à Fontainebleau le 26 juin 1984 – Giscard comme Schmidt ne sont plus au pouvoir – que Thatcher remporta, après 5 ans de crise une victoire totale. C’est Gaston Thorn, alors Président de la Commission qui met sur la table le rabais britannique, des propositions très généreuses. Le verrou anglais est débloqué. 

Thatcher est à considérer comme politiquement agaçante mais largement plus intelligente que David Cameron qui a mené son royaume tout droit dans le mur du Brexit. 

Parcours : 

Bray-sur-Seine Champagne-sur-Seine Thomery Fontainebleau 

Comme les bons comptes font de bons amis, voyons les faits...départ à 9.30 et arrivée à 15.00 h pour 71.8 km avec une moyenne de 23,67 km/h pour 3h 2 min de selle…pulsation moyenne 109 bpm...calories brûlées 868 et 289 m en altitude. 

Voilà, à demain à Orléans si vous le voulez bien... 

3ième étape: Fontainebleau Blois 8 août 2018 

Notons d’abord que dans le Loiret aussi la température a plongé de façon notable...si elle était cotée en bourse, l’on parlerait de « mercredi noir » ...effondrement de plus de 50% par rapport à la veille…de 37 degrés mardi soir à 16 mercredi matin. Mais tout comme à la bourse une reprise ne s’est pas fait attendre. Vers midi les 20 degrés étaient largement dépassés. Notons ensuite qu’un changement de stratégie dû aux prévisions de la météo pour demain s’est avéré nécessaire. Des pluies abondantes sont annoncées pour demain dans la région d’Orléans et de Blois, avec amélioration dans l’après-midi. Il fallait donc décider de ne pas s’arrêter ce soir à Orléans mais de continuer au sec jusqu’à Blois...pour ne pas perdre toute une étape et être en mesure d’arriver sans risques à Amboise jeudi soir. Avec un peu de vaseline énergétique l’affaire a été conclue . Ce qui m’énervait le plus fut ce diable de vent de l’ouest qui frictionnait ma binette sans relâche. En plus, les pistes cyclables tant en quittant Orléans, sur les quais de la Loire, qu’à la fin du trajet, avant Blois, étaient sur au moins 20 km des « strada bianca » avec du gravier très fourni. Faisons d’emblée les comptes...155,88 km parcourus en 7 h et 3 min à une moyenne de 22,10 km...pulsations 108 en moyenne ...555 m en altitude et perte de 1933 calories. 

Le cheval et le vélo – Jeanne et Jean 

Nous parlerons demain de Blois....je me limite ce soir à Orléans tout en signalant que la route elle-même n’est pas grandiose mais la Loire mérite d’être vue dans toute sa splendeur entre Orléans et Blois. La ville d’Orléans elle-même a évidemment un attrait très particulier. 

La Loire à Chambord 

Orléans - nommé CENABUM dans l’Antiquité - ville qui a connu un terrible massacre à la fin de l’Antiquité.... 

C’était la tribu des Carnutes, dont l’assemblée annuelle des druides est restée célèbre, qui dominait la ville. Ces Carnutes, hommes déterminés à tout, massacrent les citoyens romains installés dans ce port de commerce de la Loire après que Acco, un de leurs chefs, ait subi le supplice de la condamnation à mort à la romaine...attaché à un poteau, battu de verges et décapité. César, étant en conquête en France en prend note. En 52 avant J.-C. il ferme le seul pont sur la Loire et entre à minuit dans la ville, la brûle et la pille. Les habitants sont tous exterminés. 

La Loire vue du pont de l’Europe à Orléans 

Des siècles et des siècles plus tard, c’est la guerre de Cents Ans qui oppose le Royaume d’Angleterre à la France. Une guerre qui marqua le déclin de la cavalerie au profit de l’infanterie et de l’artillerie. La France, à l’époque compte 16 millions d’habitants, l’Angleterre 4 millions. Nous sommes en 1429. Orléans est au bord de la reddition. Ce fut une des villes les plus riches de France. Le Duc d’Orléans est fait prisonnier. C’est Jean de Dunois, un enfant « bâtard » comme s’appellent les enfants naturels à l’époque qui défend la ville. Jeanne d’Arc, selon la légende arrive en tenue de chevalier de sa Lorraine natale et prend les choses en mains à Orléans. Et par miracle la ville est sauvée. Les légendes s’en mêlent. « Caractère divin » pour les Français et « diable » pour les Anglais se superposent. Une année plus tard, Jeanne, est capturée par un seigneur bourguignon, en l’occurrence Jean de Luxembourg. ...rien à voir avec Jean l’Aveugle qui est tombé à Crécy en 1346...Ce dernier la vend pour 10.000 livres aux Anglais. Le roi Charles VII laisse faire. La juridiction ecclésiastique, en la personne de l’évêque Pierre Cauchon, la juge pour hérésie au motif qu’elle porte des vêtements d’homme. Se travestir fut un crime pour l’Inquisition. Le 30 mai 1431 elle est condamnée au bûcher à Rouen. 

La cathédrale d’Orléans 

Voltaire, Beaumarchais, Diderot n’ont guère montré de sympathies pour le personnage. Surtout pour les nationalistes, elle est devenue une héroïne romantique. 

Parcours : Fontainebleau Ury Puiseaux Pithiviers Escrennes Chilleurs-aux-Bois Loury Orléans N152 et pistes cyclables à Blois 

Sur le pont d’Orléans 

Voilà...excusez mon retard et à demain...cette fois sans faute à Amboise si vous le voulez bien... 

4ième étape: Blois Amboise 9 août 2018 

Bonsoir d’Amboise, 

Nous connaissons les antécédents...courte étape en ce jeudi de 38,1 km entre Blois et Amboise...mais une étape où le cycliste fut balayé par un vent de l’ouest soufflant en rafale accompagné d’une pluie persistante tout au long du court trajet...mais bon heureusement que hier le principal avait était accompli. La belle Loire avait mis son costume gris d’automne en plein mois d’août...les températures ne dépassant que rarement les 16 degrés. Néanmoins la journée ne fut pas vaine. Il n’est pas inintéressant de voir la beauté de la nature aussi en-dehors d’un soleil flamboyant ... Heureusement que Sylvie et Ginette sont arrivées hier sur les lieux, aussi pour apporter les 

La Loire dans son habit gris 

gabardines pour le cycliste...mais elles seront récompensées ce soir à la Grange Tiphaine d’Amboise où Coralie et Damiens nous ont reçu avec beaucoup de gentillesse et avec tous les honneurs... 

Surtout pour un ancien étudiant en droit de l’Université de Nancy II dont Jack Lang était « le » doyen de 1977 à 1980 en tant que professeur en droit international il serait impardonnable d’ignorer le Château de Blois. En 1981, ce même Jack Lang devient Ministre de la Culture du Président Mitterrand. C’est sous sa houlette que des Grands Travaux culturels sont réalisés à Paris (Grand Louvre, Arche de la Défense ou l’Opéra Bastille p.ex.). Après sa carrière ministérielle, il assume la fonction de maire à Blois (1989-2000). Lors de la rénovation du Château de Blois en 1990, les compagnons ont sculpté sur un des culots de la fenêtre du grand escalier l’effigie de Jack Lang. Une tradition ancestrale de représenter le maître des lieux...chose que ce « Maître d’art » a su apprécier à sa juste valeur. Au 15e siècle, les Blésois ont pendant 1 siècle, sous Louis XII, eu le privilège d’être la résidence royale. Mais, côté atrocités, cette ville fut en 1171 une des premières villes d’Europe à accuser les juifs de crimes rituels à la suite de la disparition inexpliquée d’un enfant chrétien. 35 personnes sur 130 juifs furent brûlées vives le 26 mai de cette année. Ce martyr de Blois fit une impression considérable sur les contemporains, des « seli ‘hot » (offices de prière) furent même composés. 

Dans la cour du château de Blois 

Par les temps qui courent en matière de politique d’asile en Europe, soulignons qu’au mois de février 1939, plus de 3100 réfugiés espagnols fuyant l’effondrement de la République devant Franco, arrivent à Blois et environs. Des femmes et des enfants surtout. Les bras étaient ouverts, les coeurs aussi. Que l’axe Austro – Italo – Bavarois relise et se remémore les actes de solidarité lors des crises de démocratie du 20è siècle…dans le seul but de bien saisir les leçons d’humanisme des peuples d’Europe. 

Le vélo se couche pour se protéger des bourrasques 

Le château royal d’Amboise domine la cité. Mars étant le Dieu de la guerre, ce fût César qui en en 51 av- J-C aurait construit une colossale statue de Mars à Amboise. Il faut savoir que son culte connait 2 moments forts, au mois de mars et en octobre, début et fin de la saison guerrière…Pour la petite histoire, notons que les Romains avaient nommé le premier mois de l’année en son honneur, mais c’est par la suite « janvier », mois d’élection des magistrats qui pris le dessus et marque le début de l’année et mars vient en troisième position, et décembre qui est étymologiquement le 10è mois devient le 12è. 

Enfin…que dire du château d’Amboise si ce n’est sa parfaite beauté architecturale au bord de la Loire. Pendant la 2è guerre mondiale, le château d’Amboise était le point de passage d’un flot continu de réfugiés fuyant les nazis. La Croix-Rouge à l’époque avait réussi à servir jusqu’à 50.000 repas par jour au château ; extraordinaire signe de solidarité… Notons encore que c’est dans le château du Clos Lucé, relevant du château d’Amboise, que Leonardo da Vinci a vécu, sur invitation de François Ier, jusqu’à à sa mort le 2 mai 1519. Le peintre, en quittant Rome en 1516 apporta dans ses sacoches de cuir les tableaux célèbres dont la « Joconde » qui se trouve évidemment au Musée du Louvre. Faisons pour la forme les comptes de ce mini-trajet perturbé par les humeurs météorologiques le long de la Loire... 38.1 km ...1 h 41 min en selle...22.47 km/h de moyenne..171 m altitude…465 calories brûlées...117 pulsations minute... 

Le château d’Amboise 

Parcours : Blois....le long de la Loire Chaument Amboise 

Les jumelles en pèlerine et en réconfort 

A demain à Le Blanc si vous le voulez bien... 

5ième étape: Amboise Le Blanc 10 août 2018 

Bonsoir de Le Blanc, 

Changement de direction ce matin. L’aiguille montre carrément vers le Sud, perpendiculairement à la Loire, donc direction Limoges. Nous avons eu droit à la très aimable hospitalité de Coralie et Damien Delecheneau hier soir dans le domaine de la Grange Tiphaine sur les hauts d’Amboise...des jeunes vignerons qui cultivent leurs vins de Touraine en symbiose avec les particularités du terroir...mes jambes se sentaient relaxées et plein de tonus aujourd’hui .... Difficile de quitter la Loire sans s’attarder un instant sur ce fleuve de 1006 km qui prend son essor en Ardèche, pour se jeter dans le Golfe de Gascoigne dans l’Atlantique. C’est le plus important fleuve de France vers l’Océan. De Sainte-Eulalie (source) jusqu’à Nantes 166 ponts et viaducs sont érigés. Le plus important étant le « Pont de Saint-Nazaire » avec une longueur de 3356 m achevé en 1975. Les noms donnés aux ponts sur la Loire sont intéressants ; du pont Victor Schoelcher au pont Aristide Briand, en passant par le pont Willy Brandt (Nantes), du pont Eric Tabarly au pont Georges Clemenceau ou Léopold Sédar-Senghor, du pont Napoléon à Tours, au pont Woodrow Wilson et Maréchal Leclerc à Amboise, sans oublier les ponts Mitterrand et Charles de Gaulle à Blois. Je m’arrête là, mais on trouve encore le pont de l’Europe à Orléans, tout comme le pont Georges V, sans oublier le pont Bérégovoy. Si l’on regarde l’historique de la navigation sur la Loire, ce n’est qu’au Moyen-Âge, longtemps après les invasions vikings, que l’on trouve des traces de la corporation des mariniers de la Loire. C’est au 17è siècle que les marchandises en provenance du bassin méditerranéen transitent par le port de Roanne vers Paris et Nantes. La Loire est un fleuve irrégulier ; à sec en été, dangereux en hiver par ses crues. 

Dans les vignes de la Grange Tiphaine avec Coralie et Damien Delecheneau 

Les bateaux du Canal de la Loire, qui fut aménagé au début du 18è siècle, étaient les « bâtards » longs de 30 mètres et transportant jusqu’à 150 tonnes ; les berrichons qui ne portent que 100 tonnes et sont halés (tirés) par des ânes ou des chevaux. En 1903 apparaissent les péniches qui 

sont chargées jusqu’à 300 tonnes. Dès 1930 elles sont motorisées. Après 10 km à peine, me voilà à Bléré sur le pont qui traverse le Cher, petit cousin de 320 km de la Loire et qui s’y jette à Cinq-Mars-La-Pile. À Loches, c’est l’Indre qui m’attend, un fleuve de 280 km, situé entre le Cher et la Creuse qui se dirige en parallèle dans la Loire. Impossible de ne pas apercevoir le « donjon de Loches » qui a servi durant la Révolution américaine comme prison pour les Anglais capturés. Nous sommes sous Louis XVI en 1775 et la France se battait contre l’Angleterre. Côté trajet, le cycliste se réjouit très certainement du 1er tiers de l’étape jusqu’à Loches puis il doit se battre avec des montagnes russes pas trop longues et pas trop agressives mais que l’on ne franchi pas avec le grand plateau...à partir de Tournon-Saint-Martin c’est le calme plat lors des derniers 15 km. 

Le donjon de Loches sur l’Indre 

À Le Blanc, nous sommes dans la France irréductiblement profonde. Le fleuve de la ville et bien sûr la Creuse...mais nous sommes dans l’Indre...Rien à signaler d’extraordinaire, ni en ce qui concerne l’histoire ni en ce qui concerne les personnalités de la commune. Sauf que nous sommes ici dans l’aire géographique du lait de chèvre qui sert d’affinage du célèbre formage « Pouligny-Saint-Pierre », originairement vendu sous forme de clocher. Napoléon qui aimait tant se souvenir de l’Égypte en avait assez de cette forme du fromage et un jour il prit son épée et coupa le haut du clocher. La forme pyramidale fût née… 

La Creuse à Tournon-Saint-Martin 

Parcours : 

Amboise Bléré Loches Saint-Jean-Saint-Germain Verneuil-sur-Indre Saint Flovier Charnizay Preuilly-sur-Claise 

Tournon-Saint-Martin Le Blanc 

Voilà pour aujourd’hui…à demain à Limoges si vous le voulez bien... 

6ième étape: Le Blanc Limoges 

11 août 2018 

Du département de l’Indre, la route nous mène dans le Limousin. Région qui fait 6 fois la superficie du Grand-Duché pour une population de quelques 700.000 habitants. 

Je ne peux passer sous silence un village situé à une quinzaine de km de St. Jouvent sur ma route vers Limoges; Oradour-sur-Glane. Ici, le temps s’est arrêté le 10 juin 1944. En quelques heures, la moitié du village, hommes, femmes et enfants sont tués et brûlés par une unité « SS » allemande « Das Reich ». En tout, 642 meurtres sont commis en quelques minutes. Les Alliés ont débarqué 4 jours plutôt le 6 juin en Normandie pour libérer l’Europe des Nazis. Mais la barbarie nazie atteint encore son paroxysme. Cette unité « SS Panzerdivision » est commandée par le général Lammerding et 9000 jeunes recrus de 17-18 ans viennent gonfler les rangs. Beaucoup de Mosellans et Alsaciens, des enrôlés de force. Ils s’appellent les « malgré-nous ». Les chefs nazis sont aux commandes d’une barbarie féroce...Village après village, cette unité à l’ordre d’anéantir tous les individus « coupables » ou non d’appartenir à un réseau de maquisards. À Tulle, le 9 juin 1944, 99 otages entre 16 et 60 ans sont pendus. 149 hommes sont déportés à Dachau où 101 d’entre eux meurent. 

La Semme à Droux 

Château Guillaume à l’Allemette 

Le 10 juin, la colonne arrive à Oradour-sur-Glane. Un village paisible qui n’avait jamais vu des soldats allemands. C’est le samedi, jour de marché. Les soldats allemands encerclent le village sous prétexte de contrôler les identités. Les hommes sont répartis en 6 groupes dans des granges, les femmes et les enfants sont emmenés dans l’église. Les mitraillettes sont installées et le carnage commence. Puis c’est le tour des femmes et enfants dans l’église. 6 personnes seulement survivent dans le village. En 1953, 21 soldats sont jugés et condamnés. Le criminel de guerre Lammerding, Waffen-SS, responsable des pendaisons à Tulle et du massacre à Oradour fut jugé en 1953 et condamné à mort par contumace à Bordeaux. L’Allemagne de l’Ouest ne l’a jamais extradé. Il montait une florissante entreprise de travaux publics à Düsseldorf et meurt à l’âge de 66 ans à Bad Tölz. Les funérailles attirent plusieurs centaines d’anciens officiers nazis. Lors de ces funérailles, un des « vieux camarades » osait dire: « Il fallait statuer un exemple à Oradour, dans l’intérêt de la sécurité des soldats allemands et afin d’éviter un nouveau carnage venant des maquisards ». Et de conclure : « Le général Lammerding fut un brillant officier et un bon soldat… » Quelle honte pour l’Allemagne ; quelle souffrance pour la France plus d’un quart de siècle après 1945. Le village d’Oradour est considéré comme un des hauts lieux de la cruauté nazie. 

Forêt du Haut Limousin 

Dans un registre tout à fait différent et sans me perdre dans une transition quelconque, d’ailleurs impossible, me revoilà tout pris du vélo. 

Pour le cycliste c’est évidemment Raymond Poulidor, dit Poupou, l’éternel second qui est le plus connu des Limousins. C’est en 1952 que Raymond, âgé de 16 ans reçoit son premier vélo. Un Alcyon bien sûr. En 1956 il est déjà aux côtés de Geminiani et Bobet. Mais d’abord le service militaire l’attend à Coblence puis en Algérie. Il y prend du poids. Beaucoup même...15 kg. Mais le célèbre directeur sportif Antonin Magne s’en occupe. Il est engagé chez Mercier, 25000 francs (anciens bien sûr). Alors entre 1960 et 1977 il court avec Charly 

Les étangs à Thouron 

Gaul, mais surtout contre Anquetil et Bobet, de même qu’avec Merckx et Hinault plus tard. Signalons que Poulidor est 8 fois sur le podium du Tour entre 1962 et 1976...un record encore en 2018... Inoubliable le mano à mano dans le Puy-de-Dôme, tout proche, avec Anquetil en 1964 dans le Tour. L’écart entre les 2 n’est que de 56 secondes au classement général. Poupou prend 42 secondes à Anquetil au sommet. Le vainqueur de l’étape s’appelle Julio Jimenez : signalons que les derniers 4 km ont une pente moyenne de 12%. Lors de la dernière étape du Tour de France, un contre la montre entre Versailles et Paris sur 27,5 km est à assumer. Anquetil n’a que 14 secondes d’avance sur Poulidor. Il met du 54/47 devant, du 13/17 derrière et réalise une moyenne de 44,3 km/h sur un parcours où plus de 500.000 spectateurs s’entassent. Fabuleux, vu les vélos de l’époque en acier et les revêtements des routes généralement beaucoup moins roulants qu’aujourd’hui. Finalement, le Normand l’emporte sur le Limousin avec 21 secondes d’avance. Rudi Altig termine 2è, Poupou 3è de la dernière étape. À l’époque, la France était déchirée entre les supporters d’Anquetil et les inconditionnels de Poulidor. Anquetil, à l’image de Froome, est insulté et sifflé. On lui reproche même d’être à la tête d’une mafia...Anquetil, malheureusement est décédé en 1987 déjà à l’âge de seulement 53 ans. Poulidor a fêté le 15 avril ses 82 ans. 

La Gare de Limoges de 1929 

Pour terminer aujourd’hui parlons trajet...assez facile les premiers 30 km et puis il y a un enchaînement de montées et de descentes...les montées étant plus longues que les descentes ...le tout selon un schéma simple...descente vers un ruisseau, pont et remonté, parfois à plus de 9% sur 1 à 3 km de long. Enfin le tout étant maîtrisable avec quelques graines d’énergie. 

Départ à 9.15 h...Arrivée à 15.30 h 100 km tout rond...en selle 4 heures 34 min Pulsations en moyenne 105...calories 1287...en altitude 1109 m... 

Parcours : Le Blanc Bélâbre Lussac-les-Églises Magnac-Laval Droux Rancon Roussac 

Thouron St Jouvent Bourdelas Coueix Limoges 

A demain à Brive-la-Gaillarde, si vous le voulez bien... 

7ième étape: Limoges Brive-la-Gaillarde 

12 août 2018 

Bonsoir de Brive-la-Gaillarde, 

Olga et Edy sont arrivés à Limoges hier soir...non pas pour acheter de la porcelaine mais pour m’accompagner en vélo jusqu’à Carcassonne. Olga étant chef de la logistique comme les 2 années passées... Très vite ce matin nous arrivons à Solignac par les petites routes. Intéressant de s’arrêter un instant ici devant le monastère. Pendant la 2e guerre mondiale il y avaient les « Justes de Solignac ». D’abord ce sont les élèves de l’école normale d’Obernai en Alsace qui ont trouvé refuge en 1939, ensuite 85 juifs ont été « placés », donc sauvés dans la région entre 1942 et 1944...de bels exemples de courage dans la France profonde. Mais impossible de ne pas parler porcelaine dans le Limousin... Il y a assez longtemps, 370 millions d’années environ, que les 2 plaques tectoniques sont entrées en collision. Cela a provoqué des failles et des plis dans le Limousin aussi. C’est ici qu’on trouve le minéral aurifère, le « kaolin », des argiles blanches. Ce minéral est à la base de la fabrication de la porcelaine. C’est le roi Louis XV qui décide de faire fabriquer en France la porcelaine a l’instar de la Chine, du Japon et de Meissen en Allemagne. Les carrières de St. Yrieix alimentent la manufacture royale de Sèvres. D’ailleurs votre serviteur a pu accompagner Andy Schleck à l’Élysée en 2016 pour la remise du vase de Sèvres par le Président François Hollande. Le 

A Solignac avec Olga et Edy en commémoration des courageux et Justes 

vainqueur du Tour de France, en l’occurrence Andy qui en fut le vainqueur en 2010, a droit à cet objet très particulier et prestigieux. En 1986, les carrières sont abandonnées. Il en est resté un musée qui témoigne de cette activité industrielle qui fit pendant 3 siècles la richesse du territoire. Sur la route entre Solignac et Arnac-Pompadour le cycliste passe des moments de petites souffrances....La route n’est pas encombrée mais rugueuse avec des pentes avoisinant parfois les 8 à 9 %...La trilogie descente, rivière et montée ...déjà étudiée à fond hier se répète à volonté. D’un autre côté les vues sont magnifiques et imprenables aussi dans le Sud du Limousin en Corrèze . Arrivé à Brive, on rencontre les « Brivistes ». Cette ville, modeste au début du 19è siècle, se développe à partir de 1860 grâce au chemin de fer. En même temps, le phylloxera a détruit le vignoble régional. À la vigne s’est substituée la production légumière et fruitière qui a toujours un grand impact dans cette ville. 

Départ à Limoges…avec Edy Kirsch 

Regardons quelques 30 km vers l’Est. Nous sommes à Tulle chez les Tullistes. François Hollande en fut le maire de 2001 à 2008. J’ai rencontré François Hollande la première fois à Vienne en 1997 sur invitation de Viktor Klima, le chancelier autrichien au Renner Institut. Il venait de succéder comme 1er secrétaire du PS à Lionel Jospin qui, en 1997, devint Premier Ministre de Jacques Chirac. Hollande est le premier secrétaire du PS à la plus grande longévité (1997-2012). Il n’est pas exclu que ce record perdurera au 21ème siècle… J’ai toujours en tête son arrivée à Tulle le soir de son élection à la Présidence de la République en 2012...« Il n’y a pas 2 France qui se font face…il n’y a qu’une seule France, une seule nation réunie dans le même destin »...furent ses paroles. Le malheur de François Hollande était l’évident fait que son propre parti, les socialistes, étaient divisés entre « loyaux » et « frondeurs », pour ne pas dire ceux qui ont tout fait pour le retenir de se représenter en 2017. L’Histoire rejaugera cette personnalité foncièrement européenne et dévouée aux valeurs humaines. Un autre « Corrézien », Jacques Chirac, Président de 1995 à 2007, a fait ses débuts en politique 

En Corrèze avec l’hippodrome d’Arnac Pompadour 

dans cette région. Il est élu en 1965 conseiller municipal de Sainte-Féréole à 10 km au nord de Brive. Cet homme, dont on ne partage certainement pas l’intégralité de ses options politiques, fut d’une jovialité et d’une spontanéité hors normes. Par exemple, lorsque lors d’un conseil européen il interjette : « Ecoutez chers collègues, il faut être sincère. Nous ici on décide et en tout état de cause Gerhard (Schroeder) paye ». Chirac pouvait se permettre une telle affirmation sans provoquer des sursauts d’humeur du côté allemand. De même, quand Ernest-Antoine Seillière était invité au Conseil européen pour parler affaires et compétitivité, il ose parler anglais. Chirac se leva, quitta la salle et boit une bière dans les couloirs. « On ne va pas fonder le monde de demain sur une seule langue et donc une seule culture », s’expliquera Chirac le lendemain. 

Arrivée à Brive la Gaillarde 

En 2012, lors de l’élection présidentielle une certaine complicité existait entre ces 2 Corréziens…tant pis pour Madame Bernadette Chirac. Enfin, je sais que François Hollande aime le cyclisme et le Tour de France. Raison de plus de ne pas trop s’attarder sur le Tour de 1996, où Tulle était pourtant la ville d’arrivée d’étape le 14 juillet. C’est Abdoujaparov, l’Ouzbek qui gagne au sprint. Ce coureur a d’ailleurs gagné 3 fois la dernière étape à Paris. A part cela rien que le fait qu’en 2007 l’ASO déclare que Bjarne Riis ne peut plus être considéré comme vainqueur du Tour 1996 mais qu’en 2008 les organisateurs reviennent en arrière et attribuent la victoire à Riis, malgré ses aveux de dopage. Cette époque était celle du très douteux Dr. Michele Ferrari et de l’EPO avec les centrifugeuses pour contrôler l’hématocrite dans le sang avant de se coucher...C’était le prélude du Tour de France 1998 et de l’affaire Festina. 

Village corrézien de Juillac 

Parcours : 

Limoges Solignac Le Vigen St Jean de Ligoure St Priest de Ligoure Coussac 

Lubersac Arnac Pompadour Juillac Objat Brive la Gaillarde 

Faisons encore les comptes…départ 9.40 arrivée 17.00 h...en selle 4 h 51 min..1087 m en altitude...115 pulsations...1287 calories...22,1 k/h moyenne... 

Voilà à demain à Cahors si vous le voulez bien... 

8ième étape: Brive-la-Gaillarde Cahors 

13 août 2018 

Bonsoir de Cahors, 

Juste après avoir passé Turenne, le village perché sur une butte du Jurassique, nous sommes dans le Lot. Alors, qu’est-ce que le Jurassique ? Tout simplement c’est le système intermédiaire de l’ère Mésozoïque. Si vous n’avez toujours pas trop compris, il s’agit de l’ère qui a marqué la grande extinction appelée aussi « crise biologique » (il y a 145 millions d’années) au cours de laquelle près de 20% des espèces marines et une grande part des grands vertébrés terrestres, dont les dinosaures, ont disparu. La butte de Turenne est restée, tout comme la faille de Meyssac qui marque la fin du massif central. À Souillac, nous traversons la Dordogne, fleuve qui prend naissance dans le Puy de Dôme et conflue avec la Garonne pour se jeter dans l’Atlantique dans l’estuaire de la Gironde. Il faut savoir qu’au 9e siècle les Vikings ravageaient la Dordogne. Les habitants de la vallée délaissent leurs villages et se retirent, comme leurs lointains ancêtres, dans les cavernes appelées « cluzeaux ». Plus près de nous...quel bonheur de retrouver à Souillac, plein de vitalité et peut-être un brin de mal du pays un grand Monsieur de la scène culturelle luxembourgeoise, et sa charmante épouse Fabienne Zimmer...en l’occurrence Claude Frisoni. Nous venons juste de passer des 

Turenne dans le Lot 

moments assez désagréables sous une pluie torrentielle lors des 30 derniers km. Mais sans aucun répit nous sommes installés sous un parapluie et Claude nous parle avec un enthousiasme inimitable de son prochain projet de théâtre au TNL au printemps prochain. Mais très vite le devoir de cycliste nous repousse sur la selle car il nous reste plus de 70 km jusqu’à Cahors...vite donc sur le bord de la Dordogne et avanti direction sud. Arrivé à Gourdon, nous sommes dans la capitale de la Bouriane, région du Quercy. Nous nous trouvons tout près de Rocamadour à l’Est et de Sarlat-la-Canéda un peu plus au Nord. Mais restons à Gourdon et sa préhistoire. La grotte de Cougnac montre les peintures de l’homme dès l’aube des temps. Des grands talents d’artistes y sont montrés, datant d’il y a 25.000 ans. D’ailleurs la découverte de la grotte de Cougnac ne date que de 1949 par des radiesthésistes, des personnes donc qui pratiquent une méthode de détection basée sur des radiations hypothétiques des corps (Wünschelmeter Spezialisten). Cahors est une ville lovée dans un méandre du Lot. En fait c’est une presqu’île. C’est le pont Valentré, construit au 14è siècle et classé patrimoine mondial depuis 1998 qui est le plus prestigieux édifice architectural de la ville. Aussi appelé « pont du Diable », c’est un exemple, avec ses 3 tours, de l’architecture de défense du Moyen-Âge. Cahors avait même son pape Jean-Paul XXII, un cadurcien donc, élu en 1316 et décédé à Avignon en 1334 à l’âge de 90 ans. Ce fût une élection des plus difficiles, une lutte féroce entre Italiens, Gascons et Français. Après 2 mois de palabres rien ne s’était passé. En 1314, le conclave qui se tient à Carpentras est attaqué. La ville pillée et incendiée. Les cardinaux prennent la fuite. 2 ans plus tard un nouveau conclave est organisé, cette fois à Lyon. C’est Jacques Duèze de Cahors, en qui les cardinaux ne voient qu’un vieillard « cacochyme » qui est élu après 5 mois de tractations. Il a tenu 18 ans et fût le plus long de tous les papes d’Avignon. Mais de ce ne fût pas tout. L’évêque de Cahors, Hugues Géraud, décide, parce qu’il se sentait perdu, d’empoisonner le pape élu. Il finira sur le bûcher. 

Village un peu perdu vers Souillac 

Le pont Valentré vu du pont Louis-Philippe à Cahors 

Place Gambetta à Cahors 

Deux autres personnalités de Cahors méritent attention. Léon Gambetta, d’abord, né en 1838 à Cahors qui fut un important homme politique du début de la 3è République en 1870. C’était un pilier de la défense de la République après la chute du second Empire. Il décède en 1882 et chose inimaginable de nos jours, ses amis à l’autopsie se sont partagés ses restes ; sa tête, son cerveau, son bras droit, son intestin et son coeur gardés en reliques. Il est alors inhumé à Nice. En 1920, cinquantenaire de la 3è République son coeur est transféré au Panthéon. Et enfin Charles Dumont, né à Cahors en 1929, un auteur-compositeur-interprète, qui dans les années 1960 a composé des chansons pour Luis Mariano ou Tino Rossi p.ex. Mais surtout avec Michel Vaucaire, il a écrit en 1956 « Non, je ne regrette rien » interprété Edith Piaf. Ou encore « Mon Dieu » en 1960 ou « les Amants » chanson qu’il interprète ensuite avec Piaf. Cette année encore, à 89 ans, il prépare au Kursaal de Besançon deux concerts pour le mois de septembre. 

L’homme de culture et les hommes de la route 

Parcours : Brive-la-Gaillarde Turenne L’Hôpital Saint-Jean Cuzance Rignac Souillac Marueil Gourdon Peyrilles Boissières Cahors 

Permettez-moi de résumer qu’à part le café à Souillac rien n’a été facile en ce jour. La journée du cycliste commence par une belle montée de quelques 8 km à la sortie de Brive et entre Turenne et Souillac vers l’Hôpital-Saint-Jean il a tout loisir de se défouler sur des pentes frôlant les 11%...après Souillac les choses se calment un peu mais les montées restent longues et exigeantes. Le tout pigmenté de vent de face et de pluie renforce le caractère du vélocycliste et rafraîchit son teint... 

Débat sous la pluie à la recherche de la bonne route 

Donc 111.6 km effectués en 5 h 02 min de selle...départ 9.30 et arrivée 17.00h...22.2 km/h moyenne...113 pulsations...1181 m en altitude...1687 calories 

Voilà à demain à Albi si vous le voulez bien... 

9ième étape: Cahors Albi 

14 août 2018 

Bonsoir d’Albi, 

Départ classique aussi à Cahors...il s’agit à croquer sans détour une montée de 5 km en direction de Flaujac...ceci pour chauffer de suite la mécanique. Lalbenque se profile à l’horizon. C’est le marché aux truffes qui rend Lalbenque célèbre pour les gastronomes. Ce marché a lieu tous les mardis de décembre à mars. Ici, la truffe est appelée aussi « diamant noir ». Malgré le fait qu’elle est consommée depuis des millénaires, elle demeure un mystère. La « tuber mélanosporum » du pays de Lalbenque a un goût exceptionnel. Elle se trouve dans les sols calcaires à une profondeur de 1-15 cm aux pieds des chênes, noisetiers, tilleuls ou charmes. La truffe se développe au printemps, grossit en août et vient à maturité en hiver. Elle est « cavée » à l’aide d’un chien ou d’un cochon. Mais aussi par la « suillia gigantea » qui est un insecte, une mouche, qui localise le champignon pour y pondre ses oeufs. Le champignon se trouve souvent là où elle se pose. Notons encore qu’un kg de truffes est vendu en 2017 à 1.200 € et que la veille de Noël, 22 kg de truffes noires sont vendues à Lalbenque. La délicatesse a son prix, mais déjà les Égyptiens, notamment le pharaon Khéops, aimaient déguster les truffes. Indécent donc de s’attarder au prix… 

Edy Kirsch, style Federico Bahamontes dans le Lot et Garonne 

En attendant le marché de Décembre prochain 

Nous nous battons sur des routes de gravier, mais surtout aussi assez raides par moments en direction de Puylaroque. Ici nous entrons dans le Tarn-et-Garonne pour continuer sur Saint-Antonin-Noble-Val par les petits chemins vicieux, des cantonales typiquement françaises. Hier, à Cahors, nous avons mentionné Charles Dumont qui a écrit « Je ne regrette rien » pour Piaf. Ici à Saint-Antonin a vécu jusqu’à sa mort en 2012, Danielle Vigneau, épouse Bonel, qui fut de 

1937 à 1963, la secrétaire confidente d’Edith Piaf qui est morte dans ses bras le 10 octobre 1963 à Grasse. Cette ville très touristique mérite une halte rien que pour admirer ses ruelles d’un style très particulier. 

Pour la première fois depuis mon départ la direction du vent et la direction du cycliste est identique...tailwinds, un délice pour les deux roues et le tenant des jambes qui les font tourner. Nous arrivons de ce fait de bonne humeur et assez frais à Albi. Voyons le plus important édifice de la ville de suite...un symbole de défense des catholiques contre le catharisme. Deux siècles ont été nécessaires pour l’édification de la cathédrale Sainte-Cécile d’Albi, de 1282 à 1480.Le catharisme, est un mouvement religieux médiéval inscrit dans le christianisme. Les guides se désignaient comme « bons hommes » ou « bonnes dames ». L’Église catholique les appelait les « accomplis » ou les « parfaits », hérétiques bien sûr. La dénomination « cathares » est absente des archives de l’Inquisition. Elle est donnée dans les années 1950 par les historiens qui au Moyen-Âge préféraient les termes « Albigeois » et « Albigéisme ». En fait, ce mouvement, tout comme celui des protestants de Luther au 16è siècle, se dirigea contre le cadre luxueux et mondain de l’Église. À l’argument de critique se sont ajoutés les idées de Zoroastre, un prophète perse de l’Antiquité, qui a vu dans l’univers deux principes inéluctables, à savoir, le Bien et le Mal en lutte permanente l’un contre l’autre. L’Église catholique et les Albigeois se télescopent. En conséquence, une première croisade est menée contre Albi de 1209 à 1218. La barbarie est au rendez-vous. 300.000 croisés descendent dans la vallée du Rhône. 

Le ciel, la terre et la vigne 

Dans la ville de Béziers, les soldats demandaient comment distinguer les hérétiques. Une phrase célèbre et cruelle a survécu ; celle de l’abbé de Cîteaux, Arnaud Amaury, « Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens ». Après Béziers, ce fut le tour de Carcassonne. En fait, c’était l’emprise des seigneurs du Nord pour maîtriser le Midi. Le chef de la croisade contre les Albigeois fut Simon de Montfort qui tomba en 1218 à Toulouse. Son ennemi est le compte Raymond VI de Toulouse. Une seconde croisade contre les Albigeois est menée par le Roi de France, Louis VIII, lui-même. Finalement, par le traité de Meaux en 1229, le Midi a capitulé. Les Dominicains sont chargés du tribunal d’inquisition qui sillonne le Midi, 

Albi, le Tarn, la cathédrale et le cycliste 

jouissant d’un pouvoir sans limites. En mai 1243, le château de Montségur, une forteresse imprenable, située à 1207 m d’altitude dans les Pyrénées, où 400 Albigeois s’étaient réfugiés, est entouré par 6000 croisés. Jusqu’à Noël 1243, il y a équilibre des forces. Le 1er mars 1244, la reddition est négociée. 220 hommes, dont la femme, la fille et la belle-mère du chef des Albigeois, Raymond Péreille, qui refusent de nier leur foi sont brulés vifs sur le bûcher. C’était le coup fatal contre les Albigeois. Nombreux d’entre eux émigrèrent en Italie. L’édifice architectural le plus ancien d’Albi est le Pont Vieux, construit entre 1035 et 1042, pour être élargi entre 1230 et 1240. Ce pont sur le Tarn était donc déjà témoin des atrocités entre le Nord et le Sud de la France au Moyen-Âge. 

Les ruelles de St Antonin Noble Val 

Parcours : Cahors Flaujac-Poujols Lalbenque Puylaroque Saint-Georges Saint-Antonin-Noble-Val Tonnac Villeneuve-suir-Vère Albi 

Alors...98,74 km ....départ à 9.30...arrivée à 16.00 h 4 h 33 min en selle...21.7 km/h moyenne...1672 calories...1196 m en altitude...109 bpm.. A demain, à Carcassonne si vous le voulez bien... 

Olga Sofienko et la trottinette à pavés 

10ième étape: Albi Carcassonne 

15 août 2018 

Bonsoir de Carcassonne, 

Après une trentaine de km direction sud, nous arrivons à Lautrec. Les Cathares m’ont tellement pris hier, qu’aucun mot n’a été perdu sur un personnage hors du commun, né à Albi le 24.11.1864 et qui porte le nom - du moins en partie - de ce village : Henri de Toulouse-Lautrec. Sa courte vie (37 ans) a connu quelques rebondissements. Un homme lourdement handicapé qui a laissé une oeuvre très abondante ; plus de mille tableaux et aquarelles, 5000 dessins et surtout affiches. Il est né dans une des plus vieilles familles de la noblesse française. Afin d’éviter la division des patrimoines, les mariages se faisaient entre cousins. À l’âge de 10 ans, on constate qu’une maladie génétique, due à la consanguinité de ses parents le frappe. Sa taille ne dépassera pas 1,52 m car le développement de ses os est affecté. Il passe néanmoins son baccalauréat en 1881 et décide de devenir artiste. Il fréquente à Paris Van Gogh et Adolphe Albert. Il habite à Montmartre au 19bis, rue Fontaine. Ses peintures décrivent la vie au « Moulin Rouge ». Il a croqué le mode de vie de la Bohème parisienne de la fin du 19e siècle et a représenté chanteuses et danseuses, dont la plus connue, Louise Weber ou la « La Goulue » qui a importé le « cancan » d’Angleterre en France. Malheureusement, pendant une grande partie de sa vie il fut alcoolique. Mais ses oeuvres connues, « Bal au Moulin-Rouge » ou « Monsieur Boileau au café », sont des oeuvres qui font aujourd’hui le bonheur des musées américains, que ce soit en Philadelphie ou au Cleveland p.ex. 

Lautrec 

Il reste une bonne centaine de km. Il faut y aller...aussi parce que en ce 15 août les touristes ont assailli ce lieu superbe...et on les comprend. A 22 km de là et après une belle montée il faut s’arrêter un instant à Puylaurens. Ici dans ce patelin perché est né et a vécu, Guillaume Lavabre, cordonnier troubadour. Ce dernier baptise en octobre 1792 la toute jeune République (née le 22 septembre 1792) du nom de « Marianne » dans sa chanson « La 

Puylaurens, berceau de la Marianne 

Garison de Marianna ». Marianne n’ayant rien à voir à voir avec une quelconque « Marine », est la figure symbolique de la République française et de ses valeurs « Liberté, Égalité, Fraternité ». C’est le symbole républicain. 

À Revel, un bourg de 10.000 habitants, un homme, Pierre-Paul Riquet, a su persuader Louis XIV de donner le feu vert à la construction du Canal du Midi. Son idée de relier l’Océan à la Méditerranée par un canal est une idée qui remonte à Auguste et Néron, à Charlemagne et François Ier. Pour convaincre Colbert et Louis XIV en 1666 du lancement des travaux, il fallait résoudre 2 problèmes. Premièrement, garantir l’alimentation en eau du canal ! Un certain Pierre Campmas, fontainier de Revel lance l’idée d’aménager une réserve d’eau qui est aujourd’hui le lac de St-Férréol au pied de la Montagne Noire. Ce bassin est relié par la rigole de la plaine au seuil de Narouze. Les travaux de la rigole commencent en 1667. Les bateaux circulent en hiver 1672. La 2è section se termine en 1682. Durant ces 15 ans, les travaux sont réalisés par des hommes et des femmes entre 20 et 50 ans ; jusqu’à 12.000 ouvriers et ouvrières y travaillent manuellement à la pelle et à la pioche. Les hommes transportent la terre sur des civières, les femmes sur leurs têtes. Deuxièmement, il fallait trouver un système de financement. Riquet propose une taxe sur la gabelle, donc sur le sel. Ce qui a fonctionné. Mais ce qui fonctionnait moins bien fut le fait qu’une grande quantité d’alluvions se déverse dans le canal lors des crues d’orages. L’ensablement est rapide. Vauban est appelé au secours. De grands travaux deviennent nécessaires qui durent jusqu’en 1694. 

Les Pyrénées en arrière-fond 

Comme les grandes villes Carcassonne et Narbonne ne sont pas reliées au Canal et que le Rhône n’est pas rejoint, c’est le rail au 19è siècle qui l’emporte en ce qui concerne le trafic de marchandises de la Méditerranée à Bordeaux. Le Canal du Midi est devenu aujourd’hui un monument classé de l’Unesco et un formidable attrait touristique. Arrivé à Castelnaudary, il nous reste une quarantaine de kms le long du Canal direction Carcassonne. Avec un solide vent d’ouest en poupe nous arrivons vite à bon port tout près des remparts de la Cité de Carcassonne. 

Arrivée à la Cité de Carcassonne 

Comme il est tard et que la journée fût assez longue nous reviendrons demain brièvement sur cette cité. 

L’homme en bleu en plein jaune et vert 

Les anciens Grecs auraient dit que le fils du dieu Poséidon, en l‘occurrence Eole, lui dieu des vents nous était favorable toute la journée. Contre lui nous serions arrivés après l’extension des lanternes... 

L’homme en rouge ne saurait manquer 

Alors 121 km...départ 9.40 h...arrivée 17.30 h...4 h et 59 min en selle...1019 m en altitude...vitesse 24.2 km/h pulsations 106 en moyenne...calories 1319 

A demain au Cap d‘Agde, si vous le voulez bien... 

Parcours : 

Albi Saliès Saint-Benoît de Frédefont Lamillarié Lombers Lautrec Vielmur-sur-Agout Puylaurens Blan Revel Lemmarse Montcausson 

Peyrens Castelnaudary Pexiora Bram Carcassonne 

11ième étape: Carcassonne Cap d‘Agde 

16 août 2018 

Olga et Edy se sont envolés, comme prévu, ce matin...ceci après 4 jours agréables et intenses ensemble en vélo. Trois moins deux égal un et c’est donc lui qui doit faire marcher seul la mécanique. Plus difficile de ne plus pouvoir partager l‘aventure avec eux, mais parfaitement faisable, aussi parce qu’il ne reste plus que 360 km à pédaler après le millier effectué jusqu’à présent avant d‘arriver à St. Saturnin. 

Quitter Carcassonne c’est quitter une cité architecturale médiévale bien entendu. Parlons pour une fois légende en rapport avec le nom de cette ville. Au IX siècle la ville aurait été sarrasine et Charlemagne aurait fait le siège. Mais la maîtresse des lieux, la dame Carcas, aurait résisté avec insistance. Apparemment, alors qu’il ne restait plus qu’un petit cochon et un peu de blé, dame Carcas a voulu démoraliser l’adversaire. Le porcelet fut engraissé et jeté par-dessus les remparts. Charlemagne, pensant que la nourriture était encore abondante fit lever le siège. Dame Carcas aurait alors fait sonner les trompettes et les cloches de la ville. Charlemagne est revenu sur ses pas, mais la dame Carcas lui aurait proposé la paix, d’où le nom de la ville « Carcas-sonne »… Les historiens par contre nous apprennent que déjà le père de Charlemagne, Pépin le Bref, aurait reconquis les terres du Languedoc au VIII siècle. Cette ville, comme beaucoup d’autres, fut, en 1348, touchée par la peste noire. Rappelons-nous 

A last picture together 

qu’entre 1347 et 1352, 50% de la population a été perdue en Europe. Rien qu’en France, sur 17 millions d’’habitants, il y a eu 7 millions de morts. C’est le rat gris en Europe qui est le premier réservoir à proximité immédiate de l’homme. Mais, le rat gris, contrairement au rat noir, ne sort pas de son trou pour mourir, ce qui limite les cas de contact. Au XVIII siècle, les spécialistes pensent que le déclin des épidémies en Europe est dû au remplacement du rat noir par le rat gris. Le vecteur est la puce du rat. Quand l’homme est touché par une puce du rat, il peut contracter la maladie. Je m’excuse de cette incursion dans les drames causés par la peste, mais il est évident que les villes médiévales au Moyen-Âge étaient toutes des lieux dépourvus de toute salubrité. Avec les conséquences connues. Carcassonne est une ville qui au 16e siècle (1531) devint terre du protestantisme et des massacres sont à l’ordre du jour. Le plus connu des protestants, originaire de Carcassonne, est Jean-François de la Rocque de Roberval, qui fut vice-roi du Canada sous François I et une des premières victimes des guerres des religions. Il est assassiné à Paris, au coin du cimetière des Innocents, en sortant une nuit de 1560 d’une réunion calviniste. 

Dans un domaine plus léger, signalons encore au passage que Prosper Montagné est originaire de Carcassonne (1865-1948). Citons pour une fois « l’Encyclopaedia Britannica » qui dit : « Après Antonin Carème, pâtissier et chef français, connu comme « roi des chefs et chef des rois (1789-1833) », se sont Prosper Montagné et Auguste Escoffier, qui ont eu le plus grand impact sur la gastronomie française. Montagné a été l’un des plus grands chefs français de tous les temps… » (affirmé par les Britanniques). Il est en effet celui à qui on doit « Le Larousse gastronomique ». 

Maintenant, direction Est, le long de l’Aude vers Homps. C’est par pur hasard que je suis tombé sur Louis Barthas (1879-1952) qui y est né et fut tonnelier et ancien combattant de la Grande Guerre. Il partageait les idées de Jean Jaurès, mais devait combattre pendant 4 ans à Verdun, dans la Somme, et dans le Chemin des Dames (à Nivelle). Avec comme seul diplôme son certificat d’études, il écrit ses expériences de guerre. Le tonnelier raconte sans détours l’horreur de la guerre aux yeux d’un pacifiste. François Mitterand a affirmé que ce livre était une véritable oeuvre littéraire. Sur le grand monument des fraternisations dans le Pas de Calais, les visiteurs franchissent une citation de Louis Barthas : « Qui sait ! Peut-être un jour sur ce coin de l’Artois, on élèvera un monument pour commémorer cet élan de fraternité entre des hommes qui avaient horreur de la guerre et qu’on obligeait à s’entretuer ». François Hollande a inauguré le monument en 2015. 

La Méditerranée au Cap d’Agde 

En ce qui concerne le parcours, son degré de difficultés fût 3 échelons en dessous de ceux des derniers jours. En fait c‘était une étape de récupération. D‘autant plus que le vent était presque parfait jusqu’à Béziers. La dernière quarantaine de km vers le sud, donc la Méditerranée fût un peu plus exigeante...mais je le savais. Par contre le trafic était très dense sur la totalité du parcours. La vue qui m‘a marqué le plus est cette « trilogie » remarquable entre l‘Orbe, le Vieux Pont et la cathédrale St. Nazaire à Béziers. 

Trilogie…Orbe…Vieux Pont…Cathédrale St. Nazaire sans cycliste 

Trilogie…Orbe…Vieux Pont…Cathédrale St. Nazaire avec cycliste 

Sur le Cap d’Agde et l’aménagement touristique du Languedoc-Roussillon, nous y reviendrons demain. 

Alors...108,9 km effectués…en 4.30h...départ 9.30...arrivée 16.30 h...24.2 km/h moyenne...321 m en altitude…pulsations 103 en moyenne...1427 calories. 

A demain à la Grande Motte, si vous le voulez bien 

Parcours : Carcassonne Trèbes Marseillette Capestang Béziers Villeneuve-lès-Béziers Portiragnes 

Vias Cap-d’Agde 

12ième étape: Cap d’Agde La Grande-Motte 

17 août 2018 

Comme promis revenons d‘abord un instant sur le Cap d‘Agde. 

Estimant qu’il existe d’innombrables sources qui renseignent sur l’aspect purement touristique de cette ville et région littorale, mondialement connue, je me permets de revenir aux origines de ce développement. Nous sommes au début des années 1960 et la 5è République (fondée en 1958) se met en place avec de nombreux nouveaux projets. Pierre Racine, l’âme du cabinet du Premier Ministre, Michel Debré, est chargé en 1963 de l’aménagement du territoire du Languedoc-Roussillon. 6 stations balnéaires sont créées : Port-Camargue, La Grande-Motte, Gruissan, Port Leucate, Port Barcarès et évidemment Cap d’Agde qui aujourd’hui est la première station balnéaire de France. Il s’agissait de transformer un littoral, long de 180 km. Au Cap d’Agde, l’architecte urbaniste s’appelle Jean Le Couteur. Il a l’idée de maintenir la digue Richelieu. Cette digue date de 1634 et se trouve à l’Est du Cap. Seuls les Agathois de « vieille souche » se souviennent de l’aspect sauvage de ce territoire. C’était un désert habité par les moustiques. Déjà en 1955 la « démoustification » est entreprise par une interdépartementale créée à cet effet. La nouvelle station se situe au pied d’un ancien volcan, le Mont Saint-Loup (112 m d’altitude) qui a déversé de nombreuses coulées basaltiques dans la mer. L’activité volcanique s’est arrêtée il y a 750.000 ans. Une coulée basaltique reste visible à hauteur de la plage de la Conque, une plage noire donc. Signalons aussi que Jean Le Couteur a fait construire en 1984 le musée de l’Ephèbe, le seul en France dédié à l’archéologie sous-marine et subaquatique. Alors pour les „fans“ de l’ancien Premier Ministre de la Macédoine, M. Gruevski, il est porté à leur connaissance qu’un bronze hellénistique, une pièce hors normes, à l’effigie d’Alexandre le 

Les flamands roses…dans l’étang de Thau 

Grand a été découvert dans le fleuve Hérault. Le musée du cap d’Agde a été spécialement réaménagé et agrandi pour l’installation digne d’Alexandre le Grand… Alors quelques chiffres pour terminer ceci: - Le port de plaisance d’Agde peut accueillir 3.100 bateaux sur pontons - 25.000 habitants permanents résident au Cap - 300.000 touristes y sont durant la saison estivale - 15 millions de nuitées sont déclarées - Sur 44.000 logements, seuls 11.000 sont des résidences principales. Ce qui peut être un endroit idéal pour un vacancier d’août , n’est pas nécessairement l’idéal pour un cycliste solitaire qui doit se frayer un chemin à travers le brouhaha du trafic chaotique. Mais hier soir deux aimables luxembourgeois Marcy et Henri qui ont choisi depuis belle lurette de passer les printemps, étés et automnes au Cap m‘avaient parfaitement renseigné sur le bon chemin à prendre. 

Une fois à Marseillan, ville où Grecs, Romains, Wisigoths, Sarrasins et Albigeois ont laissé des traces, un certain calme revient. À ma droite, l’étang de Thau avec une superficie de 7500 ha, séparé du Golfe du Lion par un cordon de sable littoral allant du mont Saint-Claire à Sète au volcan du Cap d’Agde. Le Canal du Midi débouche ici dans l’étang du Thau. Je continue direction Montpellier avant de tourner à droite direction Palavas-les-Flots et la Grande-Motte. Cette étape est bien la plus dangereuse de toute l‘excursion. Le trafic est diaboliquement dense et certains conducteurs assez pressés pour ne pas dire agressifs. Parfois lors des passages de camions, beaucoup trop près du cycliste, j’éprouvai un sentiment de légère peur. Mais c‘est aussi ma propre faute de ne pas avoir trop étudié d‘entrée la présence de pistes cyclables qui se développent peu à peu dans cette région. 

Les cigognes au-dessus de l’étang de Thau 

Soit à ma droite, je vois la ville de Sète…et je pense bien sûr à Brassens, Georges Brassens, né à Sète en 1921, décédé à l’âge de 60 ans à Saint-Gély-du-Fesc. Il a mis en musique des poèmes de Victor Hugo, de Paul Verlaine ou de Louis Aragon. Des chansons comme « Le gorille », « Les amants des bancs publics », « Les copains d’abord » …sont mondialement connues. Son père était maçon, tout comme son grand-père. À la maison tout le monde chante Tino Rossi ou Ray Ventura. 

Sète…l’étang de Thau et le mont St. Claire 

Adolescent, il écoute les nouveaux rythmes venus d’Amérique, le jazz, et en France il admire Trenet. 

La guerre est déclenchée le 3 septembre 1939 par les Nazies. Brassens est à Paris chez sa tante qui possède un piano. Il ignore tout du solfège mais maitrise un peu cet instrument. Il lit beaucoup : Baudelaire, Verlaine, Hugo. En 1942, les Nazies le forcent à travailler à Berlin pour BMW qui fabrique des moteurs d’avion. En mars 1944, il revient à Paris et se cache jusqu’à la libération en août 1944. Antimilitariste, anticlérical, il écrit en 1946 dans le journal de la Fédération anarchiste. En 1947, il rencontre Joha Heiman, Estonienne, son aînée de 9 ans. Il l’appelle « Püpchen », le nom qui restera gravé sur leur tombe. Sur scène Brassens ne s’impose pas, il est paralysé par le trac. Patachou, en 1952, l’engage malgré tout. Quelques mois plus tard, France-Soir titre « Patachou a découvert un poète ». La RTF découvre Brassens. Il est lancé dans la chanson. Il est à Bobino et en 1954 à l’Olympia. Europe 1 est créée en 1955. Cette radio diffuse ses chansons, interdites par l’État. En 1966, il chante sur scène avec Trenet. Un rêve se réalise. Le 20 mars 1977, il termine 5 mois de présence à Bobino. Des douleurs abdominales de plus en plus vives l’amènent à se faire examiner. Un cancer de l’intestin est constaté. Ultime satisfaction pour Brassens, le 9 octobre 1981, la peine de mort est abolie. « Le gorille » est sa chanson de lutte contre la peine de mort. 20 jours plus tard il meurt. Ce fut un choc pour toute la France. La tombe est bien à Sète. Tandis que Paul Valéry et Jean Vilar reposent au cimetière marin au pied du mont Sainte-Claire, pour voir la tombe de Brassens il faut redescendre vers la corniche. C’est au « cimetière des pauvres » qu’il repose à côté de ses parents et de « Püpchen » (avec un « p »). Sur la Grande-Motte nous reviendrons brièvement demain. Alors faisons les comptes...79.31 km...en 3 h 27 min...moyenne 23 km/h...départ 10.15 h…arrivée 15.00 h....101 bpm...1375 cal...370m en altitude 

La terre et la mer vers Palavas-les-Flots 

Parcours : Cap d’Agde Marseillan Mèze Poussan Palavas-les-Flots 

Arrivée à la Grande-Motte 

Carnon-Plage La Grande-Motte 

*trajet à déconseiller ...recherche des pistes cyclables recommandable 

A demain à Cavaillon...si vous le voulez bien... 

13ième étape: La Grande-Motte Saint-Saturnin les Apt 

18 août 2018 

Bonsoir de St. Saturnin...et non pas de Cavaillon. 

Le mistral commença à souffler ce matin à la Grande-Motte déjà et me rendit la vie assez difficile à travers la Camargue. Mais, comme si Eole avait tourné sur la manivelle ce vent devint assez favorable à partir de St. Gilles et surtout après Tarascon. Alors que mes jambes étaient bonnes, l‘idée me vînt de sauter l‘arrêt de Cavaillon pour rajouter les 40 km jusqu’à St. Saturnin. J‘y suis arrivé juste avant l‘orage qui se formait en fin d‘après-midi côté Ventoux. Mais avançons logiquement... D’abord quelques mots sur la Grande-Motte dans le Hérault. Les Grand-Mottois sont environs 9000 habitants permanents. En été, quelques 120.000 touristes y sont comptés. Tout comme au Cap d’Agde, les travaux ont débuté vers 1965 sur un terrain vierge. C’est un cousin d’Edouard Balladur, Premier Ministre, en l’occurrence Jean Balladur qui est l’architecte de la Grande-Motte. Le projet est très décrié à l’époque parce qu’il démocratise l’architecture du tourisme de masse, éliminant la hiérarchie entre appartements avec vues et les logements mal exposés. Ensuite, l’oeuvre est surtout marquée par des immeubles du type « ziggourat », c’est-à-

Les taureaux noirs de Camargue 

Les chevaux blancs de la Camargue 

dire, des édifices qui ont la forme des bâtiments de la civilisation mésopotamienne, dont la Tour de Babel inspirée par la ziggourat de Babylone, rappelant les pyramides précolombiennes ou encore Brasília, l’oeuvre d’Oscar Niemeyer, que Balladur a d’ailleurs visité. En tout cas, en 2010, la Grande-Motte s’est vue décerner le label « Patrimoine du 20è siècle ». Le général De Gaulle visite le chantier en 1967. Après 1979, la vie commence à se développer. La construction de La Grande Pyramide est lancée et sur les 20 prochaines années les constructions d’immeubles se réalisent. C’est actuellement un des hauts-lieux du tourisme balnéaire français. 

Alors via Aigues-Mortes et Bellegarde, je tourne vers le nord-est pour arriver à Tarascon dans les Bouches-du-Rhône. Il ne faut pas louper le château en bordure du Rhône. Un des plus beaux châteaux médiévaux de France, même d’Europe. Il date du XV siècle, construit par les ducs d’Anjou. Saint-Rémy-de-Provence ensuite est une petite ville déjà habitée à la fin de l’âge de bronze. Dans les grottes de Baldouin, des guerriers casqués sont représentés, donc estimés de l’âge de fer vers 1100 av. J.C. Le fameux Nostradamus est né le 14.12.1503 à St. Rémy. Ce fut un apothicaire. Il étudie à Avignon, mais doit vite quitter l’université à cause de la peste. Il essaye en 1529 de gagner son doctorat en médecine à Montpellier. Mais Il est expulsé de la faculté parce qu’il manipule des remèdes impropres à la médecine et s’installe à Agen pour pratiquer la médecine de soins à domicile. Plus tard on le retrouve dans le Nord de la France, par exemple à Orval dans l’abbaye qui dépendait de l’Ordre des Cîteaux. Il met au point un médicament à base de plantes qui selon lui permet de prévenir la peste ce qu’il expérimente à Aix en 1546. Mais Il doute lui-même de l’efficacité de son médicament. C‘est maintenant l’étude des astres, les recettes de beauté et les prévisions météorologiques qui le passionne. En 1550, après un voyage en Italie où il découvre un spécialiste en alchimie, il rédige son premier almanach populaire. Il signe maintenant par « Nostradamus ». En 1555, à Salon-de-Provence, il publie des prédictions perpétuelles, les « Prophéties ». Cet ouvrage n’a pas de dates ciblées quant aux prédictions. Nostradamus devient la cible d’attaques qui fusent de partout, de France et d’Angleterre, des protestants comme des 

La Fontaine Nostradamus à Saint Remy de Provence 

Tarascon 

catholiques, des laïcs comme des clercs… Alors l’ordonnance d’Orléans du 31.1.1561 interdit la publication d’almanachs sans l’autorisation de l’archevêque. Nostradamus est arrêté et amené au château de Marignane. Rien de mal lui est fait, la famille royale le visitera même en 1564. En 1566, il meurt à Salon-de-Provence. Les « sans-culottes », les révolutionnaires du petit peuple, appelés aussi les radicaux ou les défenseurs de l’anarchie, ont brisé pendant la Révolution le tombeau de Nostradamus à l’Église des Cordeliers de Salon-de Provence. Aujourd’hui, on peut lire dans l’Église Saint-Laurent : « Les restes de Michel Nostradamus ont été transportés dans cette chapelle après 1789 ». Voilà j‘arrive dans le beau Luberon ...pratiquement couché au pieds du grand Ventoux. Faisons les comptes encore...140.12 km...en 6 h 8 min...départ 9.00...arrivée 18.00 h...moyenne 22.8 km/h...465 m en altitude....103 bpm…1622 cal. 

Châlons en champagne…Saint Saturnin…édition 2018 

Alors la messe est dite pour cette année à nouveau...sauf qu’il reste évidemment la montée et la descente du Géant de Provence à faire...ceci est à l’ordre du jour des prochains jours. 

Je reviendrais là-dessus avec un petit résumé du périple. A un de ces jours si vous le voulez bien... 

Parcours : La Grande-Motte Le Grau-du-Roi Gallician Saint-Gilles Bellegarde Beaucaire Tarascon St. Remy-de-Provence Cavaillon Apt St. Saturnin-les-Apt 

L’orage et le Luberon 

22 août 2018 

Bon après-midi de St. Saturnin, 

Comme les années précédentes, la montée du Ventoux sert de dessert pour clôturer mon petit tour de France 2018. Sur le Ventoux même, je me suis arrêté les 3 dernières années, que ce soit sur des particularités tant sportives, avec des acteurs comme Charly Gaul ou les frères Andy et Frank Schleck, qu’historiques, avec Pétrarque en 1336, ou encore naturelles, avec les causes de déboisement ou les plantations de lavande. 

Permettez-moi cette année de nous plonger un instant dans le 16è siècle pour décrire les drames des Vaudois dans cette terre paisible du Luberon, région de laquelle je me suis lancé comme d’habitude à « l’attaque » du géant de Provence. Nous sommes aux prémices de la Réforme protestante. Le Luberon est une terre ingrate à l’époque. Il n’avait rien du petit paradis qu’il connait aujourd’hui. Rappelons-nous que la peste et la guerre des 100 ans avaient causé d’énormes pertes et souffrances humaines. Le Luberon était une région de terre dure où régnaient les loups et des nuées de moustiques, les champs étant à l’abandon et les villages en ruines. La paix retrouvée, les seigneurs recolonisent la région par une importante population du Piémont et du Dauphiné où se sont installées des communautés vaudoises. Quelques 6000 familles viennent s’installer dans 16 villages des deux versants du Luberon. Pendant 1 siècle et demi, ils vont semer leur sueur pour rendre cette terre féconde à nouveau. Ce sont eux qui introduisent la vigne, sans laquelle il est difficile d’imaginer aujourd’hui cette région et aussi les oliviers qui en constituent toujours une richesses bien spécifique. Ils aménagent aussi des systèmes d’irrigation et des voyageurs de l’époque comparent cette région alors à la Toscane. Les Vaudois sont discrets. Ils pratiquent leur culte en toute discrétion. Tout se gâte en 1532 lorsqu’à la synode de Mérindol ils décident de se rapprocher de la Réforme protestante. Voilà les Vaudois hérétiques. Un certain « Jean de Roma », un inquisiteur dominicain féroce est mandaté à Apt pour réprimer les « mal sentants de la foi ». Pour faire avouer leur hérésie, il plonge les pieds des suspects dans des chaussures d’huile bouillante. Des décapitations sont à l’ordre du jour. À Mérindol, 19 habitants sont condamnés au bûcher. Le village est entièrement brûlé et les Vaudois massacrés. Le 13 avril 1545, 5000 hommes traversent la Durance. La veille, le Parlement d’Aix a décrété « la totale extirpation des dits « vaudois » et « luthériens ». 

Encore 3 km…bref repos autorisé 

Lourmarin est incendiée, puis Mérindol. L’armée du légat pontifical, forte de 800 hommes, fonce sur les Cabrières-d’Avignon. Lacoste est ravagée, on terrorise, on tue. Les Catholiques sont interdits de porter secours aux Vaudois. L’armée pontificale était majoritairement composée de mercenaires du Balkan. 3000 hommes, femmes, enfants sont massacrés en une semaine. C’est à Cabrières-d’Avignon que 400 personnes sont enfermées dans une église à laquelle on met le feu. Ils périssent tous dans les flammes. C’est l’Oradour-sur-Glane du 16e siècle. Le Luberon n’est plus qu’une plaie sanguinolente, une terre brûlée et martyrisée. François Ier laisse faire, Henri II ouvre une enquête plus tard, mais les responsables ne sont pas condamnés. Le seul point positif est que les familles survivantes des Vaudois sont autorisées à reconstruire leurs villages . 

Difficile de passer des drames du Moyen-Âge au plaisir d’une escapade en vélo de St. Saturnin via Sault au Ventoux. Mais aussi sur la route vers le col de Javon, nous sommes sur une terre où 400 ans plus tard la Résistance française s’est courageusement battue contre les nazies tout en subissant malheureusement de nombreuses pertes humaines. La beauté de la nature et l’imposante vue sur le Ventoux au sommet du col de Javon, tentent à nous faire oublier les massacres, comme les témoignages de courage de ceux qui se sont battus pour notre liberté. Ce serait une erreur de succomber à cette tentation. La splendeur de la nature ne saurait éclipser les barbaries que nous lègue l’histoire. 

Paysage vers Javon 

Voyons néanmoins les dates et repères de cette magnifique journée. Départ à 8.00h à St. Saturnin. Retour à 15.30h. • St. Saturnin - Sommet du Ventoux: 55 km en 3h33min. 1736 mètres d’altitude. 17,09 km/h. 1674 calories et 130 bpm. • Sommet du Ventoux - St. Saturnin: 55 km en 1h46 min. 205 mètres d’altitude contre 1850 m de descente...31,06 km/h moyenne 104 bpm et 458 calories. • Total: 110 km, 5h19min, 121 bpm, 2082 calories, 20,68 km/h, 1941 mètres d’altitude. 

Au sommet…Francine est relaxe…l’autre légèrement plié…le vélo inébranlablement le même 

P.S. Au sommet du Ventoux j’avais l’heureuse surprise de rencontrer Francine Closener et Jay Schiltz qui en vacances dans les alentours de Bédouin n’ont pu résister à l’attrait de cette montagne incomparable.... 

Tout comme il était motivant d’avoir été accompagné de Pascal...Michel...et Moritz qui tout au long de la montée ont déployé leurs talents de metteur en scène ceci spécifiquement pour les médias sociaux…résultat que nous verrons la semaine prochaine. 

Moritz, Michel et Pascal…le vélo, la caméra et le Ventoux 

Afin d’être complet faisons encore les comptes du périple entier: 1441,6 km en ....62 h et 39 min...moyenne horaire 22,6 km/h....montées 10.640 m....17.626 calories...bpm 107 

Merci pour votre aimable attention sur FB...merci de m’avoir encouragé et d’avoir été si nombreux à lire mes petites chroniques journalières. 

A l’année prochaine, peut-être, si vous le voulez bien... 

La photo classique